J'ai décidé de faire de temps en temps quelques portraits d'hommes et de femmes politiques. Il y a deux objectifs sous jacents. Le premier, c'est de considérer avant leurs engagements politiques, qu'ils sont de chair et de sang et que ce dernier n'est pas bleu. Le second est concomittant : si on arrive à percevoir leur humanité, peut être que l'on évitera la déception due à la trop grande espérance que l'on met en eux.
J'en rajouterais un dernier. Je voudrais faire des marqueurs politiques et pouvoir jeter un coup d'oeil en arrière et constater l'évolution de ma propre opinion.
La vie politique se résume pour beaucoup à des combats d'égo et garde l'électeur prisonnier de cette fiction. D'où le mythe des grands sauveurs de la Nation, des Très Grands Hommes, des Surhommes nietzschéens, des Hyperprésidents et d'où (on peut le supposer) une fascination pour les personnalités autoritaires et dont le 20ème siècle aura été le plus triste laboratoire. Peut être la 5ème république, si elle a été un gage de stabilité à la vie politique, n'en est qu'un ultime avatar.
Le risque que je perçois derrière cela, c'est la complète déresponsabilisation du citoyen que l'on peut résumer ainsi : imprevoyance, victimisation, abstention, perte du lien social (liste non exhaustive). N'attendons pas que la politique se charge de nous.
Je vais commencer par Ségolène Royal, candidate à l'élection présidentielle 2007.
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Troublante Ségolène.
Apparue assez tard dans la cour des Grands Ténors du Parti Socialiste (les "Elephants"), elle a réussi à susciter un engouement que l'on peut qualifier d'exceptionnel. J'ai encore en tête les images de son dernier meeting-concert au Stade Charletty, cette foule compacte de 60 000 personnes, les retardataires qui tentaient de franchir les barrières. On en retrouvera une grande partie en pleurs la nuit du 6 Mai venu et que l'impuissance face au candidat élu conduira à certains excès.
Ségolène Royal a de l'instinct. Elle a compris très vite que la "rupture", le "changement", le "renouveau" politique était une demande électorale forte. Que pouvait bien faire un DSK et un Fabius, involontaire représentant pour le premier de l'échec du gouvernement Jospin en 2002 et de la gauche mitterrandienne décevante pour le second ? Le véritable héritier de l'histoire de la gauche, c'était François Hollande. Et il a renoncé très (trop ?) tôt. Mais soyons honnête, mis à part Pompidou pour l'interim, combien d'héritiers ont gagné la présidentielle ? Le bonapartisme est passé par là : tout président doit être à l'intérieur mais aussi bien davantage à l'extérieur des partis.
Ségolène Royal est double. Et le double inversé de Nicolas Sarkozy. Il est faussement décontracté à l'extérieur, rigide envers lui même, plannificateur, monomaniaque. Ségolène Royal, elle, est bien à la peine quand il s'agit de s'extérioriser. Raide, sêche, le regard fermé quand il n'est pas au contraire totalement apeuré comme un bachelier au rattrapage. Elle sait qu'elle doit utiliser les médias, qu'elle doit les apprivoiser si elle veut gagner, créer de la confiance, minimiser les erreurs de communication, relayer son projet. Mais elle, ce qu'elle aime, c'est sentir et ressentir. C'est une digue blanche face aux vagues impétueuses de l'esprit et que la pression des questions journalistiques menacent de faire sauter. Elle se protège.
Ségolène Royal est une Lolita. Elle suscite plus qu'elle n'explique.
Elle perçoit son pouvoir mais craint de le perdre. Elle sait que les mots sont les aveux de notre impuissance.
4 commentaires:
je suis assez d'accord avec toi sur "sego est double" mais pas sur a de l'instinct. Le fait de prôner la rupture, le changement... est normal. Qui voudrait d'un président qui n'annonce pas d'évolution. Quelque soit le mot employé, j'allais dire que ça allait de soi. Pour moi, ce n'est pas de l'instinct, c'est un langage normal qui est employé par tout candidat. Et cela serait plutôt inquiétant s'il ne l'employait pas. ne crois-tu pas ?
Oui, c'est juste, c'est vrai que le changement, c'est le mot à mettre dans un programme pour une présidentielle. Mais pour moi, elle a su l'incarner : Jospin l'a dit de manière fort peu aimable, mais dans le parti elle était effectivement une éléphante de seconde zone (ceci dit elle était présidente de région, ce qui était pas ridicule non plus).
Il y a eu effectivement un sondage mais avant cela, elle est allée voir Bachelet plutôt que de se recueillir sur la tombe de Tonton. Elle était pré positionnée. Elle a eu le pif quand même... en tout cas un sens politique car elle était un vent de fraicheur dans un PS moribond et divisé depuis le "Non" au référendum.
Question sur la présentation de la catégorie portrait :
Comment la politique, ce "combat[] d'ego", peut-il être à la base d'une "perte du lien social" ?
C'est en plusieurs étapes je crois, Arnaud.
Notre admiration pour le combat d'égo, c'est de devenir spectateur de la politique et ne plus en être l'acteur principal. Vivre par procuration. Accepter de ne plus en être acteur, ne plus être responsable de ses choix.
La conséquence logique est de ne plus se sentir non plus responsable de ce qui m'entoure. L'Etat ou son représentant se porte garant, pourquoi devrais je m'atteler à aider mon prochain ? Fin des solidarités naturelles que sont la famille ou les amis. Fin de la solidarité naturelle et non contrainte en ce qui concerne le devenir de mes proches ou des personnes qui composent mon environnement proche.
Un exemple tout bête et que j'ai vécu puisque j'ai été un certain temps au chômage. Nous avons fait des réunions collectives entre chercheurs d'emploi et l'un deux a clairement dit qu'il irait juqu'à la fin de ses indemnités parce qu'il y avait droit et quand bien même son entreprise était prête à être lancée. En plus la dernière fois, il avait bossé juste trois mois après son licenciement et avait donc perdu ses droits après une rechute. Sauf que, ce qu'il ne voit pas, c'est que les assedics, c'est de la solidarité sociale, pas une mutuelle privée ou un système d'épargne perso. C'est donc toute la collectivité qui allait payer pour son égoïsme. J'ai d'autres exemples mais celui là m'avait réellement troublé.
Pour le dire autrement, ce n'est plus la célèbre formule "l'Allemagne paiera", mais "L'Etat paiera".
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