jeudi 27 mars 2008

Le journalisme, le politique et nous

Journaliste, c'est un métier.

Loin de moi l'idée qu'il est facile de faire ce travail. Qu'il soit d'investigation ou d'opinion, l'exposition est un défi humain constant. Informer sans déformer, rester le plus objectif possible, limiter les concessions. Et être lu.

Mais je m'interroge sur les récents développements de cette honorable profession depuis l'élection de Nicolas Sarkozy.

Certains comme Jean-François Kahn, les bras en l'air dissipant d'imaginaires ennemis et le visage travaillé par les tics, ont même fait du "bravons la censure" un genre journalistique à part : "Sarkozy est fou", "A t'on encore le droit de dire cela ?" (sous entendu, maintenant qu'il est élu). Le chenapan me semble pourtant libre et peu inquiété même lorqu'il souligne que Ségolène Royal est une femme battue qui en redemande. Je l'entends d'ailleurs répondre face au greffier que je suis :"Mais je n'ai JA-MAIS dis ça !". Et d'enchaîner par un "Mais tout le monde le sait !", argument d'autorité que seuls les grands initiés du Doigt Mouillé peuvent comprendre.

Je nommerais ce type de journalisme d'obsessionnel. Zemmour et la féminisation de la société, Barbier et la 6ème république, Apathie et la dette publique. Attention, mis à part notre Don Chipotte, ils ont une grande utilité, celle de garder le débat des idées sur la brêche et de ne pas sombrer dans un journalisme trop marqué par l'actualisme. Le "combat" s'attache au sens de l'histoire, pas à la psychologie de bazar sur untel ou unetelle.

Car voilà, tout va vite. Les blogs, les mails, les vidéos sur YouTube ou DailyMotion. Bien sûr, les rumeurs et les infos confidentielles sont antérieures à la démocratisation d'internet. Mais cet outil a forcé les journalistes à adapter leurs propres rythmes et la profondeur de leurs investigations pour faire face à la concurrence. D'où des articles sous format AFP dont le travail du journaliste se concrétise par choisir un titre et replacer les virgules. Quitte à utiliser plus tard ce même article-dépêche comme pseudo-exemple à une pseudo-démonstration. Et, en meilleure place que l'horoscope, le dernier sondage IPSOS-PARIS MATCH-CSA-CARREFOUR.

C'est ce dernier journalisme qui illustre le mieux sa dramatique évolution. Le talon d'achille découvert, un homme semble s'en être très bien accomodé un temps. Si bien qu'il en est l'ultime et aujourd'hui malheureux chef d'orchestre. Un coup d'oeil insistant dans le décolleté d'un mannequin, un échange musclé avec un marin qui le harangue avec courage du haut de son balcon, un flagrant délit de vol de MontBlanc et c'est la crise. L'affaire est d'ailleurs entendue, il l'a bien cherché. N'est-ce pas lui qui après avoir profité de l'exposition de sa vie privée, a voulu la protéger à nouveau, puis a de nouveau succombé aux sirènes médiatiques ?

Haro. Après la droite décomplexée, le journalisme décomplexé. Une rumeur de SMS ? Hop, c'est déjà en ligne. Il n'existe pas ? On fait dériver le débat vers la judiciarisation excessive contre la presse, à grand renfort d'articles de loi d'ailleurs. Des excuses timides, donc.

La porte est elle ouverte à toutes les fenêtres ?

Oui, parce que les journalistes n'entendent pas assumer leurs responsabilités. L'enfer c'est les autres, mais le Diable n'est ni photographe ni rédacteur en chef. Jamais la Presse en France n'a été aussi libre. Les articles "censurés" sont à la Une des chaînes de Presse. Trouverions nous une rédaction télévisée ne trouvant pas d'intérêt à rendre publique le divorce présidentiel, elle devient un faible ou un collabo à la Main Mise sur les Médias. Circularité. Théorie du Complot.

Je me risque à l'évocation du paradoxe de Tocqueville. C'est souvent quand les conditions s'améliorent que les revendications ou les actions se radicalisent. Ainsi de l'abandon de la monarchie absolue et de l'ORTF.

La Presse est libre. Qu'elle arrête de se chercher de nouveaux maîtres.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Pour avoir vaguement cotoyé (de loin et par procuration) le monde du journalisme, j'ai quand même pu constater que ce qui marche le mieux est l'autocensure. Inutile de dire à un journaliste ce qu'il doit dire/écrire, il le sait déjà.

Ce qu'il leur manque, la plupart du temps, ce n'est rien d'autre qu'une bonne paire de c....... en lieu et place de leur autosatisfaction pseudo engagée.

London a dit…

"les murs sont dans les têtes" comme dirait l'autre. Et c'est pas faute d'une offre journalistique multi confessionnelle ou de règles de protections accrues. Dommage, la presse préfère le trash vendeur pour éviter d'avoir à affronter directement le pouvoir.

Arnaud LEON a dit…

Oui la presse est libre. A cause de cela elle doit être responsable.
Mais elle n'est pas totalement libre, comme chacun de nous. Elle n'existe que dans un but : informer. C'est cela qui la responsabilise devant ses lecteurs/auditeurs. C'est bien là que le bas blesse.

Anonyme a dit…

Pourrais tu développer ton idée j'ai pas trop compris où tu voulais en venir... Si je résume : Les journalistes ne peuvent pas être totalement responsables compte tenu de sa relation avec un lectorat/auditoire ? Je t'ai mal compris ?

Si je suis pas trop à côté de la plaque, je dirais que la responsabilité, c'est justement accepter le risque de ne pas aller dans le sens de ce lectorat si ce qu'il demande ne correspond pas aux valeurs du journalisme ou à ses règles éthiques. Cette même responsabilité se retrouve dans tous les métiers : par exemple, dans le domaine bancaire, même si un client joue la bonne foi, toute vérification des propos et respect des procédures sont de la responsabilité du commercial, de son hiérarchique, etc... Ca peut vous faire perdre un client dans certains cas, mais accepter ce risque, c'est aussi penser que passer outre le réglement peut mettre en danger la banque entière et l'ensemble des salariés.

Arnaud LEON a dit…

[Je m'aperçois que j'ai laissé une question sans réponses...]
Les journalistes sont responsables devant leur lectorat. Les lecteurs peuvent les désavouer et ne plus lire/regarder/écouter leurs écrits/reportages.
Le problème c'est que certains des pires canard qui soient continuent d'être publiés car ils ont un lectorat.
Les journalistes sont donc tout ce qu'il y a de plus responsables (devant leur lectorat) : ils donnent ce qu'on leur demande et ne s'avisent pas de donner des informations.
Non c'est le public qu'il faut responsabiliser.
Et il faut y croire... ça fait bien des siècles qu'on apprend aux chiens a compter.
[Désolé je me suis un peu emballé)